La découverte de soi aux dépens des autres

Luca Guadagnino nous offre encore une belle masterclass avec Queer. Loin du tempo électrique de Challengers, son dernier film, Queer, de par ses paysages, sa lumière et sa tendresse, se rapproche plus de Call Me by your name. Le film n’en reste pas moins différent et unique dans son histoire.
Films
La romance entre Eugene et Lee est réaliste et explore une autre dynamique du spectre LGBTQIA+ que ce qu’on a pu voir dans les autres films du réalisateur italien. Lee est un homme mûr et fièrement queer dans le Mexique des années 50, un environnement pourtant peu ouvert à cette culture. Eugene est lui un jeune homme en pleine découverte de sa sexualité, bridé par la bienséance de l’époque. Cette histoire suit leur rencontre, leur histoire tantôt douce, tantôt dure.
La prestation de Daniel Craig m'a totalement convaincue dès les premières secondes. Son interprétation permet au public de s’identifier facilement au personnage et à ses difficultés. À aucun moment du film on devine l’orientation d'Eugene. Cette situation est aussi difficile pour l’un que pour l’autre.
D’un côté, l’homme plus âgé, sûr de lui et de ce qu’il veut, est confronté à un jeune en quête de découverte, pas sûr de qui il est. Lee est donc confus et ne sait pas comment aborder leur relation. Il se résout alors à en tirer ce qu’il peut, car un peu d'attention, c’est mieux que rien.
De l’autre côté, Eugene est à la recherche de réponses et d’expériences. Il voit Lee, cet homme accompli et sûr de lui comme une opportunité de se découvrir, mais plus le temps passe, plus l’excuse de la découverte s’amenuise et il doit faire face à ce qu’il ressent vraiment.

Drew Starkey, qui interprète Eugene, nous offre une interprétation sombre et mystérieuse qui nous donne envie d’en savoir plus sur son personnage. Comme Lee, on est perdu face à lui et on ne sait pas ce qu’il attend.
Mention spéciale pour Jason Schwartzman, interprète de Joe, l’ami de Lee. Sa présence vient alléger les tensions et nous faire rire. Malgré un « fat suit » qui ne m’a pas paru convaincant, sa performance reste remarquable et j’aimerais en savoir plus sur son personnage et ses histoires farfelues.

Qu'il 'agisse des protagonistes ou des personnages secondaires, ils sont tous bien travaillés et hauts en couleur, chacun ayant sa particularité et son rôle au sein du film. On en oublie presque les décors un peu plats qui laissent parfois une impression de maquette en carton-pâte.
Malgré ces décors « plats », Luca Guadagnino arrive à nous proposer des plans et des scènes remplis de beauté. Les jeux de lumières nous font voyager et ressentir les températures de l’Amérique du Sud malgré le froid de la Belgique.
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Certaines scènes sont très explicites comparées à ce qu’on a pu voir dans ces autres films. Ici, ce n’est pas un simple plan sur une pèche, mais des nus entiers et décomplexés. Il y a un certain érotisme dans les scènes de sexe qui illustrent bien l’envie et la langueur ressentie par Lee.
Mais je pense que la scène qui m'a le plus touchée, c'est la scène finale. J'aimerais pouvoir vous en dire plus mais pour des raisons évidentes, je vais vous inviter à la découvrir par vous même au cinéma !
De bout en bout, le film est une réussite, de par son histoire, sa réalisation et la prestation des acteurs, j’ai été conquise et j’ai hâte que le public puisse le découvrir dans les salles. Queer sort ce 26 février au Quai10 !
Alix
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